Présentation

« Alors que la vie elle-même est démente, qui de nous peut dire où se trouve la folie ? Trop de bon sens, n’est-ce pas aussi de la folie ? Chercher des trésors là où ne se trouve que la boue, n’est-ce pas pure folie ? Et la folie suprême n’est-elle pas de voir la vie telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait être ? »

Citation extraite de la comédie musicale L’Homme de la Mancha (Man of La Mancha), livret de Dale Wasserman, inspirée du roman de Miguel de Cervantes, Don Quichotte.

Le Grand Ordinaire est un film – un peu à l’étroit quelque part entre documentaire et fiction – dont la construction s’est étalée entre 2012 et 2019 et qui a impliqué le travail et les coups de main d’une quarantaine de personnes aux quatre coins de la France.

Le film se présente comme une enquête qui a le témoignage comme fil rouge, comme barque à la surface de différents univers, espaces et temps. Peuplés d’autant de personnages, fictifs ou réels. Réunis par Mathieu dans le but de raconter ce qui ne se dit pas : le Toc, sa violence, sa folie et sa portée.

Ainsi, Mathieu raconte ce Trouble Obsessionnel et Compulsif pour la première fois. Dans l’examen de souvenirs précis et marquants ou le flou d’années entières… Et en essayant d’assumer ce qui ne l’a jamais été auparavant : ce qui est bizarre, magique, violent ou glauque. Drôle parfois.

Un film pour donner une forme partageable à un cheminement personnel et complexe. Cheminement, voire même combat, pour faire de son quotidien autre chose qu’une ligne sur la notice d’un médicament, en préférant aux symptomatologies castratrices le fait de recoudre une histoire.

C’est parce qu’il s’agit pour lui d’une histoire et non pas d’un état que l’on « guérirait », que l’idée d’une mise en récit du Toc s’est imposée à Mathieu. Comme si raconter c’était aussi soigner. Se soigner, prendre soin et inviter d’autres à le faire, espérant cultiver ces nécessaires espaces par le biais du film.

Photo issue du tournage, 2017

Un récit et donc un film dans lequel se croisent celles et ceux qu’on aime, qu’on malmène, qu’on cherche et qu’on perd parfois « quand on est fou.folle ». Ces autres. Les ami.es, les amours, la famille et aussi les soignants. Le Grand Ordinaire est le théâtre où ils.elles se croisent, défiant l’idée que la folie serait une problématique solitaire. A cet endroit où, pour Mathieu, soigner le Toc revient plutôt à sortir de soi en faisant de la place à d’autres et à inventer de nouveaux langages autour « du trouble ».

Ces langages comme autant d’espaces, se répondent et se contredisent. Mathieu en se racontant, mais en laissant dans le même temps d’autres se raconter, tente alors de se construire une cohérence dans un univers fragmenté et traversé. Le film d’enquête se fait voyage, et nous emmène alors vers un endroit que le Toc lui a dévoilé. Là où se croise la petite histoire et la grande. Là où l’on n’est plus simplement malade, mais comme tout le monde à la recherche d’une place dans ce monde, sa violence, sa beauté et son Histoire.